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Yucks


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Fin janvier, je me lançais dans ma grande nav solo pour l'obtention du PPL. Je vais essayer ici de vous faire partager ce vol qui fut inoubliable pour moi...
Le texte en est à sa première ébauche, et il reste beaucoup de travail. Je n'ai pas encore eu l'occasion de placer les photos qui illustreront le récit, mais je ne résiste pas à la tentation de vous faire partager le premier opus... Rolling Eyes

1. Arrivée et embarquement.

Nous sommes le 25 janvier 2008.

Depuis plusieurs jours, comme pour tous les élèves pilote, l’idée de partir en solo pour un tel périple m’excite au plus haut point. Tout le reste semble manquer d’intérêt, ce qui m’oblige à faire de gros efforts pour être présent, tant au boulot qu’en famille.

Les météorologues ont encore fait des merveilles. Hier, le temps était déplorable, avec un plafond relativement bas. Comme prévu, le front est passé, et aujourd’hui, ce sera beau temps sur le nord, excepté la brume possible en matinée. Ce détail m’inquiète un peu d’ailleurs

Toutefois, ce matin, alors que le jour ne s’est pas encore levé, la lune bien ronde et bien brillante, accrochée dans un ciel exempt de tout nuage, me laisse espérer de très bonnes conditions de vol pour le périple qui s’annonce.

Il est 7h du matin, le temps de déposer les jumeaux chez leur mamou, de boire une bonne petite « jatte » de café, et me voilà sur la route pour Valenciennes.

Il y a beaucoup de chose à raconter. Je ne vais donc pas m’étendre comme je le fais d’habitude sur mon état d’esprit durant le trajet qui me sépare du terrain. De toute façon, je suis assez détendu. La bonne préparation de la navigation y est certainement pour quelque chose. Faite dans les règles de l’art, elle a été approuvée par mon instructeur. Son commentaire hier m’a complètement mis en confiance. Un bon point.

Finalement, le circuit prévu, de Valenciennes à Calais, puis de Calais à Amiens pour terminer par un Amiens Valenciennes sera complètement inversé. Cela me permettra d’être plus à l’aise car la tour de Amiens ferme entre 12h et 14h. Je risquais donc de me retrouver « à la porte », attendant l’ouverture de 14h pour faire valider mon carnet. Ce serait dommage. En inversant le sens de la navigation, j’élimine cette contrainte.

Arrivé vers 8h20 sur le terrain, je trouve un paysage complètement gelé. Il n’y a personne dans les bureaux de BFS. Qu’à cela ne tienne, j’ai tout ce qu’il faut. Je me dirige donc vers les hangars pour sortir le BE-77.



Le soleil se lève. Et quelle merveille pour celui qui sait s’ouvrir au spectacle offert. Les rayons rougeoyants recouvrent chaque hangar, chaque bâtiment, chaque appareil d’un voile ocre… Le paysage se transforme littéralement, la palette de couleur qui est offerte dans ces moments m’étonnera toujours…



Mais je ne suis pas là pour ça… Le tagazou sorti de son antre, je peux tout refermer et commencer la check-list extérieure. Difficile de ne pas se laisser distraire par le paysage, mais je me concentre du mieux que je peux.

Une fois cette opération réalisée, c’est le moment d’embarquer tout le bardât. Et là, je me rends compte que finalement, je pourrais me contenter d’un simple sac. L’autre ne contient que la caméra, l’appareil photo et une bouteille d’eau… Enfin, deux. L’autre et vide, au cas où… Ce constat m’amène à mesurer l’évolution depuis deux mois du point de vue organisationnel. L’an passé, pour une telle navigation, j’aurais amené beaucoup plus de choses avec moi.

Bref, encore une dernière chose à faire avant de me lancer, appeler mon instructeur pour le prévenir de mon départ et prendre les dernières consignes, notamment en matière de météo. Il me rappelle de passer à la tour de Valenciennes pour valider mon départ. Merci, je n’y aurais pas pensé. Et j’en profiterai pour demander d’appeler Amiens pour confirmer la météo. On n’est jamais trop prudent.

Voilà, c’est le moment de monter à bord. Je range le matériel, et commence ma check-list simplifiée pour rouler jusqu'à l’aire de ravitaillement.

La pompe est on, le primer pendant 5s, magnéto sur both, rien dans les parages, allez, on démarre…
Rien. Normal, le moteur est froid… Nouvelle tentative… rien… Merde. Ca commence bien.

Je tenterai le coup encore plusieurs fois avec le même résultat, si ce n’est que le son généré par le démarreur trahit l’essoufflement de la batterie. Finalement, je dois me résoudre à l’évidence. C’est foutu. Il ne démarrera pas. Je vais devoir rappeler l’instructeur pour lui apprendre que l’appareil est en rade. Avec comme à chaque fois dans ce genre de situation, l’irrésistible envie de lui dire « c’est pas ma faute » !
Je quitte l’appareil, en rage, fait quelques pas pour me défouler… Puis, je reviens à la charge. Tant qu’à faire, pour vider la batterie, autant y aller à fond au cas où… Je m’installe, reconfigure la machine pour lancer le moteur.

Cette fois, l’hélice semble vouloir continuer son mouvement, même si le moteur fini par s’arrêter encore. La dernière tentative sera la bonne. Victoire ! Quel bonheur dans ces moments là… Le moteur ronronne à 1200 tours par minutes, annonçant par la même occasion une journée aéronautique bien chargée.

2. Le plein, une petite signature, et c’est partis.

Message radio chargé d’émotion (je suis un grand émotif).

- « Valenciennes, Delta Echo Bravo Lima Echo, un Beechcraft 77 au parking bonjour »

Que dire sur ce qu’on ressent à ce moment ? Le sentiment de faire quelque chose qui vous sort de la mêlée, une certaine excitation face à ce qui va venir, aux difficultés qui vont être rencontrées, aux paysages que l’on va découvrir… Bref, un moment intense, où l’on se sent… vivant… et où on compte bien le rester !

Je pousse la manette des gaz de quelques centimètres pour mettre le coucou en mouvement et on roule jusqu’à l’aire d’avitaillement.
Je profite à nouveau de ce moment de calme pour profiter du spectacle offert par le levé du soleil sur l’aérodrome gelé.

En chemin, je passe devant les bureaux de l’Aéroclub de Valenciennes, MON aéroclub, auquel je fais momentanément une petite infidélité jusqu’à obtenir ma licence PPL. Il me tarde de retrouver les robins du club. Mais passer à un autre avion, qui plus est passer du manche au volant, et toujours un plus non négligeable dans la formation d’un pilote.

Prudemment, car le givre s’est déposé sur le parking, j’amène le Beechcraft blanc et bleu devant la pompe puis stoppe le moteur. A ce moment là, la question revient brutalement. Le moteur va t’il redémarrer tout à l’heure. N’aurais-je pas du attendre un peu plus, le temps de recharger la batterie ? Il est de toute façon trop tard. On verra bien.

Rapidement, je fais le plein des deux réservoirs d’aile. Pas simple finalement. Les ailes ont un léger dièdre positif. Ce qui fait que les réservoirs ont tendance à garder un peu d’air dans leur partie supérieur. Il faut donc remplir chaque réservoir jusqu’au-dessus du tuyau d’ouverture. Celui-ci à alors tendance à se remplir de mousse d’essence, ce qui coupe systématiquement le pistolet de remplissage. Il faut alors jouer pendant plusieurs minutes à remplir, puis stopper, laisser retomber la mousse, puis continuer… et ainsi de suite.

Bref, quelques minutes plus tard, c’est le moment de monter à la tour pour enfin faire remplir et tamponner le carnet de vol.

Arrivé en haut de la nouvelle tour, je trouve l’AFIS en discussion avec un collègue. A nouveau, on se retrouve entre gens de l’air. Je vois dans le regard de l’AFIS qu’il comprend mon état d’esprit. Je ne dois pas être le premier élève pilote stressé qu’il ai rencontré. J’affiche un air détendu… Mais j’ai l’impression qu’il voit au-delà du masque. Il me propose d’ailleurs d’appeler Amiens pour me confirmer la météo.

En fait, on annonçait de la brume sur tout le nord de la France. Elle n’est pas au rendez-vous ici, à Valenciennes, mais sait-on jamais.
Amiens nous confirme un ciel clair. C’est le « go » que j’attendais. Cette fois, on y va. Salutations amicales, pas de petite phrase toute faite comme le célèbre « soyez prudent », inutile dans ces circonstances…

Après avoir descendu les quelques volées de marches, me voilà à nouveau devant la machine qui va me faire sortir de mon domaine de vol habituel. C’est le moment de faire… une belle petite photo qui égaiera certainement mon petit débriefing habituel.

Je remonte à bord, range mon précieux sésame pour la navigation, et me lance dans ma check-list de démarrage moteur. Me voilà vite rassuré, car le moteur démarre au premier coup, me permettant de me concentrer immédiatement sur ce qui va suivre. Je range mes cartes, sors mon bic accroché à sa cordelette, mon chronomètre, suspend le tout à mon coup, prépare ma tablette de vol et le log de nav. Je note l’heure de démarrage moteur ainsi que l’index sur le compte tour.

- « Valenciennes, D-EBLE, un BE-77 au parking, demandons les paramètres pour une navigation vers Amiens, Calais et retour à Valenciennes. »
- « D-LE, Valenciennes, la piste 11 en service, un vent du 240 à 15kt, QNH 1040, une température de xx° et un DP de xx°, rappelez au point d’arrêt »
- « la piste 11, le QNH1040, je rappelle au point d’arrêt ».

Les choses sérieuses commencent. Je roule vers le PA, et commence à réciter les premiers tests, freins, instruments sur la pompe à vide, instruments sur le gyro… tout est paré…

Arrivé au point d’arrêt, je me place légèrement de travers par rapport au taxiway, et entame la check moteur, puis la check machine.

- «Valenciennes, D-LE, je suis prêt au point d’arrêt ».
- « D-LE, vous avez un traffic en finale, vous pouvez remonter la 11 après le passage du traffic, vous maintenez prêt décollage ».
- « Visuel traffic, D-LE. Je remonte la 11 dés que possible et maintient prêt décollage ».

Pendant que le Baron termine sa finale, je commence à rouler. Le bi-moteur fait son touch and go alors que je m’aligne sur la 11 dur.

Dernière check avant décollage, pas de volet, le directionnel aligné sur le QFU de la piste, transpondeur sur alticodeur, strobe sur on, pompe électrique sur on… Je suis prêt.
- « Valenciennes, D-LE, je suis prêt décollage ».
- « D-LE, le vent du 245, 11kt, vous rappelez en sortie de zone ».
- « Valenciennes, D-LE, je rappelle en sortie de zone. »

Allez, on met la gomme. La manette des gaz à fond, « power, speed is alive », on maintient l’axe, manche dans le vent et un peu de pied… 60kt, rotation… Montée au meilleur taux, 65kt.


SUITE AU PROCHAIN EPISODE: LA BRANCHE VALENCIENNES-AMIENS

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Mouais, mais là, je dubite sec quand même... Non, ce n'est pas vulgaire, cela signifie seulement que le doute m'habite...


Last edited by Yucks on 22/03/2008 22:07:01; edited 1 time in total


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spitfire220


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«Never in the field of human conflict was so much owned by so many to so few». Winston Churchill. 20/08/1940




 Post Posted: 22/03/2008 11:56:32
 
 
 
Yucks


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ALLEZ, LA SUITE...

3. Première branche vers Amiens.

Le Be-77 grimpe bien dans cet air froid. Ca chahute un peu, mais l’air est translucide et la visibilité excellente. Le soleil s’est levé et les rayons rougeâtres ont fait la place à la luminosité typique des journées d’hiver. Et moi, je monte.



Bon, c’est pas tout ça, mais il faut que je prenne mon premier cap. Je prends mon top chrono. Et prends le cap calculé ce matin lors de la préparation. Je vais tenter une route directe vers Amiens, passant donc au-dessus de la base de Cambrai. Je ne cache pas que je suis très tenté à l’idée de survoler une base de Mirages 2000 en service.

Je sors du circuit de Valenciennes et continue ma montée jusque 2500ft.

- « Valenciennes, D-LE, je quitte la fréquence, à tout à l’heure. »
- « D-LE, à tout à l’heure. »
- « D-LE et merci. »

La phraséo en français à ça de bon, c’est nettement plus cool qu’en anglais.

Je « swap » sur Cambrai Epinoy, les militaire pour demander l’autorisation de transit.

- « Cambrai Epinoy, D-EBLE, bonjour »

Une quinzaine de secondes plus tard, n’ayant pas de réponse, je réitère mon message.

- « D-EBLE, Cambrai Epinoy, bonjour monsieur, je vous écoute ».
- « Cambrai Epinoy, D-EBLE, un Be 77 en provenance de Valenciennes pour une navigation vers Amiens, Calais et retour à Valenciennes, actuellement 2500ft QNH1039, une personne à bord, demande autorisation de transit. »

De nouveau, une longue attente.

- « D-LE, je vous rappelle. »

Aîe, ça commence bien. Là, je ne la sens pas du tout cette verticale terrain. Cette crainte se confirme vite.

- « D-LE, Cambrai Epinoy, nous avons du traffic militaire prévu, pouvez-vous dérouter vers Cambrai Niergnies ? »

Heu… Ben oui, je peux faire ça, me dis-je, mais ça fout en l’air ma belle préparation de nav.

- « Affirmatif, D-LE, je déroute vers Cambrai Niergnies ».
- « D-LE, bien reçu, vous êtes autorisé à transiter vers Cambrai Niergnies, vous rappelez visuel des installations. »

OK. On y est. C’est confirmé. Tous mes beaux calculs pour cette branche sont bons pour la poubelle.
Je jette un coup d’œil au vieux GPS II que j’ai emporté pour la première fois à bord. C’est un très vieux modèle. Pas de moving map, rien que les points tournants, des points dont j’ai encodé les coordonnées GPS la veille. Je ne sais même pas si il fonctionne correctement. En tout cas, la réception satellite est bonne apparemment. En tout cas, je suis bien conscient que je ne dois pas me laisser influencer par les informations qu’il me donne. Mais le cap qu’il me donne pour Amiens, ainsi que la distance m’en séparant semblent correcte. Bonne chose.

Allez, nouveau cap. De toute façon, je connais le coin et je sais exactement où je me trouve sur la carte. Je me dirige donc vers Cambray Niergnies. Avec la visibilité excellente, je distingue déjà la ville de Cambrai. Et sur ma droite, je vois très bien la piste de la base militaire. Le vertical sera pour une autre fois.

On se concentre sur le mini déroutement. Je cherche la fréquence de Cambray Niergnies et la pré-affiche à la radio. Un petit coup d’œil sur la carte pour voir dans combien de temps je devrais être au-dessus de mon nouveau point tournant. Un cap, un temps de vol, une fréquence prête… Reste plus qu’à tenir la machine.

Je me tords le cou pour essayer de distinguer quelque chose sur la base de Cambrai, mais rien à faire. Il y a quand même cette petite brume qui me laisse voir la piste, mais qui m’empêche de discerner le moindre détail au niveau des hangars. Je fouille le ciel dans l’espoir de voir débouler un vol de Mirage 2000, mais rien à l’horizon. C’est le moment de sortir la caméra pour filmer une petite séquence. Quelques souvenirs pour plus tard.



Quelques minutes plus tard, la ville de Cambrai est sur mon flanc droit, et je tiens Niergnies dans mes 12h… Je peux appeler les militaires.

- « Cambrai Epinoy, D-LE, je suis visuel installation de Cambrai Niergnies »
- « D-LE, vous pouvez poursuivre votre navigation. »
- « Cambrai Epinoy, bien reçu, je poursuis »

Voilà, c’est fait, je passe verticale des installations de Cambrai Niergnies, et en profite pour regarder d’un peu plus près la configuration des pistes. Seule la xx est encore en service, mais on distingue très bien les aires de dispersions encore présentes, qui étaient utilisées à l’époque où le terrain était encore militaire.

Un traffic est en circuit, mais je ne descends pas sous les 2500ft, je ne quitte donc pas la fréquence d’Epinoy. Je prends un cap au 250 pour me diriger à nouveau vers Amiens, ce qui m’amènera vertical Albert, piste qui a été réouverte il y a quelques mois après de gros travaux. Il y a une usine Airbus sur ce site. J’espère y découvrir des choses intéressantes.

Alors, en guise de point de passage, je passe l’autoroute qui relie Saint-Quentin à Cambrai, puis 5 minutes plus tard, je dois tomber sur la jonction entre la A1 et la A2. Là, j’aurai la ville de Péronnes sur ma gauche avec les méandres de la Somme. A partir de là, il ne me reste plus qu’à suivre la Somme pour arriver à Amiens. Rien de bien compliqué. Faut juste regarder le chrono et vérifier le passage des points de repères. Du gâteau.

- « D-LE, Cambrai Epinoy »
- « Je vous écoute, D-LE »
- « D-LE, vous avez un traffic dans vos 1 heure, à 250ft, vol stationnaire, rappeler visuel »
- « Cambrai Epinoy, D-LE, bien reçu, je rappelle visuel du traffic »

Chouette, un hélico sur ma route. Bon, du point de vue sécurité, c’est sympa de me l’annoncer, mais bon, là haut, je ne risque rien. Mais disons que ça anime un peu le vol. L’autoroute venant de Saint-Quentin est devant moi. J’imagine que c’est un hélico de la police sur cette autoroute. Finalement, je vais repérer l’hélico un peu plus loin, sur une ligne haute tension. Un appareil de l’EDF alors. J’aurais pu m’en douter car nous les voyons souvent sur le terrain de Valenciennes.

- « Cambrai Epinoy, D-LE, j’ai le traffic en visuel. »

Pas de réponse, mais deux coups d’alternat qui me confirme la bonne réception de l’information. Je continue sur mon cap.

Les minutes passent et j’en profite pour filmer un peu, prendre quelques photos. Ce moment est important pour moi. Je compte bien en tirer un maximum de souvenir. La facture va être lourde aussi, alors…

Un peu plus loin, je suis en train de quitter la zone des militaires.

- « Cambrai Epinoy, D-LE, en sortie de zone, pour quitter »
- « D-LE, vous pouvez quitter la fréquence, passez avec Lille sur 134.82 »
- « Cambrai Epinoy, je passe sur 134.84, au revoir et merci »
- « Au revoir monsieur »

Ils sont poli ses militaires…

- « Lille, D-EBLE, bonjour.
- « D-LE, Lille, bonjour je vous écoute ».
- « Lille, D-LE, un Be 77 en provenance de Valenciennes pour une navigation vers Amiens, Calais et retour à Valenciennes, actuellement 2500ft QNH 1039, une personne à bord. »
- « D-LE, vous rappelez en vue des installations de Amiens »
- « Lille, D-LE, je rappelle visuel installations. »

Pas de souci.

Le GPS me dit que je suis pile poil sur le bon cap. Je m’efforce de ne pas crier victoire, mais je prends quand même bonne note de ce renseignement. De toute façon, je suis le VOR de CMB (Cambrai) régulièrement, et il me confirme ma position.

Ah, voilà que je laisse sur ma droite la fameuse jonction d’autoroute. Autre moment important pour moi. Cette jonction marque en fait la frontière de mon actuel territoire de « Brevet de Base ». En passant ce point, je m’émancipe un peu. L’étape est marquée. Je me dirige vers une pratique plus libre de l’avion. A moi les grands espaces que je n’ai pas encore exploré.

Sur ma gauche, la Somme dessine ses courbes dans la végétation qui borde ses rives. Ce cours d’eau m’a toujours fasciné. Je ne sais pas plus loin, mais au niveau de Péronne, les rives semblent encore sauvages, avec des zones marécageuses, des cuvettes sans courant, une végétation préservée. A chaque fois que je passe par ici, je me dis que je devrais faire le trajet en voiture pour venir m’y promener. Pour une prochaine fois peut-être.

Me voilà maintenant en vue du terrain d’Albert. Les installations d’Airbus sont impressionnantes. Mais aucun « Super-Guppy » en vue.
Ces gros avions de chez Airbus servant à transporter de grosses pièces d’appareils en cours de fabrication.
Zut, cela aurait donné une belle photo pour mon débriefing. Tant pis, je canarde quand même…



La navigation devient de plus en plus aisée. La Somme, toujours elle, se rapproche de ma trajectoire. Elle va me guider jusque Amiens. Quelques minutes plus tard, en effet, je distingue une agglomération qui doit être Amiens. Le terrain doit être un peu avant un pont caractéristique.

- « Lille, D-LE, je suis en visuel des installations de Amiens. »
- « D-LE, vous pouvez quitter, passer sur Amiens sur 123.4 »
- « Lille, D-LE, je passe sur 123.4, merci et à tout à l’heure. »

J’entame ma descendte pour aller chercher les 1200ft du circuit.
M’étant rapproché du terrain, j’aperçois maintenant les installations, ainsi que deux appareils en circuit. Je les entends d’ailleurs dialoguer avec la tour. L’un est en final, l’autre en début de vent arrière.

- « Amiens, D-EBLE, bonjour »
- « D-LE, bonjour »
- « Amiens, D-LE, un BE77 en provenance de Valenciennes, actuellement en vue de vos installations, 2000ft QNH 1039, pour une intégration standard. »
- « D-LE, vous êtes numéro trois, rappelez en vent arrière. »
- « Je rappelle en vent arrière, D-LE. »

Je continue ma descente, et range mon log de nav et ma carte. Une petite photo du terrain, du coucou qui est en face de moi.

Me voilà en vent arrière, avec un robin en face de moi. Il va bientôt arriver en fin de vent arrière.

- « Amiens, D-LE, en milieu de vent arrière pour la 09 ??? »
- « D-LE, rappelez en final »
- « Je rappelle en finale, D-LE »

Ca y est, le traffic en face de moi vire pour entrer en étape de base. Je vais devoir allonger un peu la vent arrière pour ne pas être trop court. D’autant que le robin qui me précède va devoir remonter la piste pour pouvoir la dégager. Il n’a pas encore annoncé ses intentions. Si il n’annonce rien en finale, j’appellerai pour en avoir le cœur net. Je prends ma carte VAC pour m’assurer que je peux survoler le début de l’agglomération et ainsi allonger ma branche. Visiblement, pas de souci de ce côté là.

Je vois le DR qui entame son dernier virage, et le pilote annonce un « touch and go ». Ouf, je ne vais pas perdre trop de temps à faire un second circuit.

Je jette un coup d’œil à mon chrono. Ca fait déjà 35 minutes que j’ai quitté Valenciennes.

Allez, on prépare la machine. Compas, instruments moteurs ok, pompe électrique ok, pas de flaps sur le BE77 (contrairement au DR400 ou 340), régime de croisière jusqu’à la base (85kt, pfiouuu)… On est prêt. Je vire en base.

Réduction des gaz, je maintiens l’altitude jusqu’à obtenir 65kt, et j’entame la descente à 500ft/minute. Réchauffe carburateur on, un cran de volet.

Arrivé en fin de base, je m’apprête à enclencher le dernier virage tout en jetant un œil sur l’appareil qui me précède. Je le vois sur la piste, en train de re-décoller… Tout va bien…

- « Amiens, D-LE, en finale pour la 09 dur, ce sera un complet ».
- « Bien reçu, D-LE, le vent est au 180, 10kt, rappelez piste dégagée »
- « Je rappelle piste dégagée, D-LE. »

Allez, le deuxième cran de volet, la pente semble bonne… Je vois la piste devant moi. Une piste en dur, pas en très bon état d’ailleurs… du moins, vu d’en haut… Arrivé en courte finale, je coupe la réchauffe carburateur, au cas où, et je me concentre sur ma pente.



Tout se passe bien jusqu’à quelques mètres de hauteur. Soudain, je constate que la piste semble remonter devant moi… Je n’avais rien vu alors que j’étais plus haut. Je me rappelle alors un échange sur le net à propos de ce terrain. Un habitué du coin m’avait prévenu. Cette piste à un fond important à quelques dizaines de mètres après le seuil. Elle remonte de façon importante ensuite. Je pensais que c’était un peu exagéré… Ben non. Petite remise de gaz pour assister l’arrondis… Sauf qu’avec un appareil qui est à 75kt, et bien ce n’est pas joli joli… Le BE77 remonte légèrement, ce qui vu du sol doit être assez risible… Bof, tant pis, la piste est longue… Je ramène le Beech au raz de la piste et fais un petit arrondi qui me permet de faire un… trois points ! Merde… Y a encore du boulot. Le contact a été doux, mais pas très orthodoxe. Bon, on fera mieux la prochaine fois.

Freinage, demi-tour, et on remonte la piste. Pendant le roulage, je jette un coup d’œil à la tour. Je distingue un gars au pied de celle-ci. Il regarde dans ma direction. Je constate qu’il porte un appareil photo, il semble en faire quelques-unes de mon coucou.

Je quitte la piste, un autre robin est déjà au point d’arrêt, juste en face de moi. Pas d’inquiétude, il y a une bretelle pour contourner le point d’arrêt et ainsi permettre à un appareil de faire sa check moteur et machine alors qu’un autre est en train de quitter la piste. Astucieux.

- « Amiens, D-LE, piste dégagée »
- « D-LE, rappelez au parking pour quitter »
- « Je rappelle au parking pour quitter »

Je continue mon roulage et viens me parquer juste devant la tour, où j’irai tout à l’heure faire signer mon carnet.



En stoppant le moteur, je vois que le gars continue à canarder ma modeste personne. Curieux ça. Et là, j’ai un pressentiment. Le contact dont je parlais tout à l’heure et qui m’avait parlé de la particularité de cette piste avait vaguement soulevé l’idée de passer me faire un petit coucou… Petite phrase lâchée sur un forum et qui est souvent vite oubliée… Et si…



Je sors de l’appareil, prends mon carnet et descend sur le tarmac. En m’avançant vers la tour, je le salue.

- « Bonjour… Juste une question, comme ça… Vous êtes membre du forum Gligli.com ? »
- « Absolument…"

Petit moment d’étonnement.

- « Et bien bonjour… Moi, c’est Milan… »
- « Salut, moi c’est Kilo-Roméo »

Poignée de mains. La conversation s’engage d’emblée. Sympa d’être passé pour assister à mon atterrissage. Pour moi, c’est un événement, mais pour une tierce personne… Et pourtant, il est venu… Très sympa.. Très très sympa… Ca va me permettre d’avoir une photo de moi dans mon coucou…

Il me propose de boire un café au bar de son club. J'accepte volontier. De toute façon, j'ai la journée pour faire ma nav. PAs de contrainte de temps trop lourde... L'appareil doit juste être de retour pour 15h. J'ai de la marge.

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 Post Posted: 22/03/2008 22:01:00
 
 
 
Side


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Punaise t'es vraiment chiant Yucks, quand je te lis je vis d'avantage tes vols que les miens.
Tu devrait penser à une reconversion vers le roman Razz
Car c'est vraiment super bien écrit
Alors tu le trouve comment le terrain d'Amiens?

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35th VFS First To Fight




 Post Posted: 23/03/2008 10:25:53
 
 
 
Yucks


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Merci Side,

Ca me fait plaisir que tu ai apprécié... C'est ma façon de marquer le coup... J'espère ne jamais oublier ce moment..

Reste les deux autres branches à écrire.. Mais ça prends un temps fou...

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 Post Posted: 24/03/2008 12:09:17
 
 
 
spitfire220


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F3V


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Elles sont où les mitrailleuses là dessus? Shocked
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Yucks


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??? T'as pas vu le canon de 70 dans le nez.... T'ain, pour le rater celui là...

Be77, spécialisé dans la lutte anti-parasite...

Du lourd... Cool

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Mouais, mais là, je dubite sec quand même... Non, ce n'est pas vulgaire, cela signifie seulement que le doute m'habite...




 Post Posted: 24/03/2008 19:21:42
 
 
 
Yucks


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Allez, la suite... Deuxième branche vers Calais... Cool


4. Amiens.

Poignée de mains. La conversation s’engage d’emblée. Sympa d’être passé pour assister à mon atterrissage. Pour moi, c’est un événement, mais pour une tierce personne… Et pourtant, il est venu… Très sympa.. Très très sympa… Ca va me permettre d’avoir une photo de moi dans mon coucou…

Kilo-Roméo me m’emmène jusqu’à la tour et me présente les personnes en poste.

- « C’est pour signer le carnet d’un pilote en grande nav solo », leur dit-il.

Je suis déjà flatté qu’on me dise pilote.

- « OK, pas de souci », répond la dame.

Elle me prend le carnet des mains et le tamponne comme il se doit.

Je lui demande, tant qu’on y est, de payer la taxe d’atterrissage. Elle se saisit du document à remplir et commence à y inscrire les informations requises. Puis, elle s’arrête, jette un coup d’œil par la fenêtre.

- « Heu, c’est quoi votre appareil ? »
- « Un Beechcraft 77, madame », dis-je en souriant.

On m’avait déjà fait le commentaire au sujet de cette machine. Elle n’est pas courante. Personnellement, je n’en ai jamais vu ailleurs qu’à Charleroi, base dont est originaire BFS, et maintenant Valenciennes. Il n’est jamais trop tard pour apprendre.

Une fois les formalités remplies, Kilo-Roméo m’invite à passer boire quelque chose dans le repère de son club. C’est avec plaisir que j’accepte l’invitation. Pour ma première visite en terre étrangère (pour moi), je ne vais quand même pas jouer au rustre.
De toute façon, j'ai la journée pour faire ma nav. Pas de contrainte de temps trop lourde... L'appareil doit juste être de retour pour 15h. J'ai de la marge. Les forums ont du bon... Probabilité de rencontrer ce gars sans Gligli.com? 0%

Nous traversons donc les installations pour rejoindre le mess qui leur sert de local. Nous passons devant de nombreux hangars pleins à craquer. Je distingue notamment un DR400 qui me semble être un diesel. Dans le ciel, deux robins sont en circuit. Le soleil, les appareils en vol, là bas quelques ULM, la rencontre très sympathique avec Kilo-Roméo, l’anecdote dans la tour à propos de l’appareil… L’ambiance est chaleureuse et très émoustillante.

Arrivé dans le cabanon du club, je retrouve cette atmosphère « aéroclub » qui malheureusement, n’est plus présente dans les locaux du club de Valenciennes. Mais je suis sûr que notre comité aura à cœur prochainement de remédier à ça. Car elle est essentielle cette atmosphère. C’est elle qui fait rêver les pilotes. C’est elle qui attire les gens à venir passer du temps au coin du bar, se raconter leurs vols, leurs expériences, leurs projets… Bref, c’est elle qui fait vraiment battre le cœur d’un aéroclub.

Là, une maquette d’avion pend au plafond, là bas, des revues aéro s’empilent et n’attendent que le lecteur, plus loin, un casque repose sur une table et n’attend, lui, qu’un élève pour partir en mission d’écolage… Bref, même si j’en remets un peu, vous voyez certainement ce que je veux dire. Et puis le bar. Un vrai « zinc » sur lequel il fait bon s’appuyer pour siroter… un bon café que je me suis imaginé fait rien que pour moi.

Pas simple d’entamer une discussion avec quelqu’un que l’on ne connaît pas vraiment. Pourtant, il n’y eut pas beaucoup de moment de silence sur la demi-heure passée avec ce pilote. Kilo-Roméo est « Brevet de Base », comme moi. Et comme moi, il se pose la question du PPL. Le coût, pour commencer, le type de pratique associé ensuite. La question de l’ULM est aussi soulevée, en discutant des avantages et inconvénients de la pratique.
Le temps passe très vite. Et déjà, il faut repartir. Nous faisons donc le chemin inverse pour rejoindre D-LE.

Nous repassons à la tour pour demander confirmation de la météo à Calais. La côte n’est pas mon terrain de jeu habituel, et je me méfie des sautes d’humeurs de la météo côtière. La lecture de plusieurs aventures sur les forums aéronautiques me rendent très méfiant.

La dame qui se trouve toujours à la tour me confirme un temps « cavoké », avec un vent modéré et une visi de 10 kilos. Pas de souci donc…

Et bien, il est maintenant temps de repartir. Salutations d’usage à Kilo-Roméo en le remerciant 1000 fois de s’être donné la peine de venir m’accueillir. Et hop, je remonte à bord.

5. La branche Amiens – Calais.

Après avoir passé en revue les checks d’usage, démarrage sans raté du moteur Lycoming .
Contact radio d’usage avec la tour. Je prépare mes notes, mon log de nav et mes cartes. Tiens, au passage, petite photo de Kilo-Roméo, saluant sur le parking.

Et roulage vers ce point d’arrêt si particulier. Me voilà prêt à conquérir la route vers Calais… A moi la côte et les mouettes.

- « Amiens, D-LE, je suis prêt au point d’arrêt »
- « D-LE, vous pouvez remonter la piste, rappeler aligné et prêt au décollage piste 30»
- « Je rappelle prêt au décollage piste 30 »

Pendant que je remonte la piste, je jette un dernier regard vers mon collègue gliglitien… Un dernier signe de la main avant d’attaquer le deuxième tronçon de ma navigation.

Tiens, le GPS s’est éteint. Les piles rechargeables semblent avoir une autonomie très limitée. Adieu la tentation tant redoutée de me fier à lui.

- « Amiens, D-LE, je suis aligné et prêt décollage piste 30 »
- « D-LE, le vent du 230, 10kt, rappelez en sortie de zone »
- « Je rappelle en sortie de zone, D-LE »

Allez, manette des gaz en plein, richesse sur full rich, réchauffe sur off… On a la vitesse, la puissance est là, rotation à 60kt… On est en l’air… Montée à 68kt.



Alors que je monte sur l’axe de la piste, j’aperçois devant moi Amiens. Marrant, j’ai l’impression de la découvrir et de ne pas l’avoir vu lors de la phase d’atterrissage. La concentration peut-être.

Je distingue très nettement la gare ainsi que la tour Perret, caractéristique de la ville. Puis la cathédrale évidemment. Je me rends compte d’un coup que si j’ai déjà visité cette ville, et découvert ce beau bâtiment religieux, c’est par contre ailleurs que j’ai découvert la tour. Je ne sais pas trop si je dois le signaler ici, mais… Et puis zut, voilà, c’est dans FS2004 que je l’ai découvert. Oui, je pratique de temps en temps ce simulateur… Et alors !
Heu, cet « entraîneur de vol synthétique », ça passe mieux ?
Au-delà de la boutade, cette tour est très bien représentée dans une des scènes de la région. Certainement celle qui reprend le terrain de Amiens dont l’auteur est Christian Dupriez. Il est l’auteur de tous les terrains du nord de la France. Ils sont tous très bien rendus, et comblent les pilotes de la région… Du moins, ceux qui pratiquent l’ « entraîneur de vol synthétique » de Microsoft.

Je prends un cliché à la sauvette, mais il ne sera pas très réussi.



Déjà, la ville s’efface derrière moi. Il est temps de prendre mon cap. C’est un 325 qui doit me mener sur le VOR BNE sur 113.8. De là, je continue sur ma lancée pour aller chercher le cap blanc nez.
Je contrôle les indications du VOR que je règle sur la fonction « TO ». Je suis finalement peu habitué à ce modèle de VOR « numérique ». Ici, pas d’aiguille, pas de flag « from » ou « to ». Il suffit d’appuyer sur le bouton « TO » pour retrouver les indications numériques de la radiale sur laquelle on se trouve. Et là, je suis sur un 340. Je suis donc déjà sur la gauche de ma route. Je corrige en prenant un 350 pour quelques minutes.

Oui mais voilà. Ce VOR, je ne le connais pas encore suffisamment pour me fier entièrement à lui. Je check donc ma carte pour trouver un repère VFR qui pourrait me confirmer ma route.
Je trouve assez rapidement un de ces repères qui vous mène droit au but. En effet, une ligne haute tension va me mener jusqu’à la moitié de ma route vers BNE. De là, je vais tomber sur deux grands parcs d’éoliennes. BNE sera juste à l’est de ces moulins à vents. Ah, ça c’est du VFR. Je me sens mieux, j’ai retrouver la maîtrise de ma navigation. J’aurais pu prévoir ça avant de partir. Ca m’aurait fait gagner du temps. Parce que là, il avance le BE-77.

Cela fait 5 minutes que j’ai quitté Amiens.

- « Amiens, D-LE, je quitte la fréquence, merci pour tout. »
- « D-LE, bonne route, à bientôt. »

J’adore ces moments là, on a toujours l’impression d’avoir sympathisé, de quitter une connaissance.
Quoi ? J’en remets encore. Mhmm, peut-être… Mais pas sûr.

Allez, je passe sur Lille. Le contact est pris. La demoiselle qui m’a répondu va gentiment m’accompagner jusque Calais. Je dois la rappeler en vue du point Whisky. C’est à dire sur la côte. C’est noté.

Bon, ça, c’est fait. Une fois encore, je sais où je suis, j’ai mon altitude, mon cap, mon chrono, la radio est faite, et bien il ne reste plus qu’à voler. Je check ma réserve de carburant, et contrôle ma gyro-boussole.

Et voilà que je trouve sous moi la fameuse ligne haute tension. Magnifique. Je n’ai plus qu’à me laisser guider. Et profiter du spectacle.

En parlant de spectacle, je commence à me poser pas mal de questions à propos du plafond. Depuis le décollage, j’ai constaté que les nuages s’étaient quelque peu accumulés.
Des cumulus pour commencer, 1000ft plus haut que moi. Mais devant, l’horizon n’est plus aussi nettement dessiné que tout à l’heure. Des stratus s’accumulent aussi à mon niveau. Mais bon, Calais à annoncé un temps cavoké, non ?

Je poursuis donc sur ma route. Le VOR m’indique que j’ai rattrapé la radiale prévue. Je reprends donc le 340 vers BNE.

Sur ma route, je m’amuse à retrouver les points que je peux déceler sur la carte. Tel village, telle rivière, telle configuration ou forme caractéristique d’une route. Bref, autant d’occasion de confirmer ma position. Le temps passe très vite. Vingt cinq minutes plus tard, je vois la ligne haute tension qui s’éloigne de ma route vers la droite. Bye bye jolie ligne HT.

Le VOR m’indique un QDM de 330. Je suis donc un peu trop sur la droite de ma route, correction de 20° vers la gauche.

Tiens, là bas, sur ma droite, les éoliennes. Nickel. Tout se passe bien. Finalement, me voilà rassuré sur l’utilisation de ce VOR.

Mais ces nuages commencent tout doucement à devenir préoccupant. Dehors, le plafond descend de plus en plus. L’horizon commence à être de plus en plus bouché. Déjà, je suis dans les barbules. J’appelle Lille pour signaler ma descente.

- « Lille, D-LE, je suis dans les barbules, je descends à 1500ft »
- « D-LE, bien reçu »

J’entame une descente en croisière. Arrivé à 1500ft, je retrouve un horizon plus lumineux. Mais la visibilité tombe progressivement. Une légère bruine commence à battre le plexi. Rien d’alarmant pour l’instant. Toutefois, quand les barbules me rattrapent à 1500ft, j’avoue que je commence à ressentir un léger pincement au cœur. Beaucoup de questions commencent à s’entremêler dans mon esprit. Et si la visi continue à tomber, et si je reste dans cette crasse, et si… et si…

Puis, c’est la reprise de contrôle, encore une fois. Ne pas se laisser prendre par les nuages.

- « - Lille, D-LE, je descends à 1100ft »

Pas sur que cela l’intéresse, mais je préfère garder le contact et le renseigner sur mes actions. La réponse est courte et me donne l’impression rassurante qu’il sait ce qui m’arrive.

- « D-LE, bien reçu. »

Je continue à descendre. A nouveau, je retrouve un ciel plus clair. Le temps passe. Sous moi, le sol semble monter. Petit check instrument, je me demande ce qui se passe avec ce sol.

- « Lille, D-LE, pouvez-vous me confirmer la QNH. »
- « D-LE, 1040 pour le QNH »

1040, je suis sur 1039. Bon, pas de grosse différence. C’est donc le sol qui vient à moi. Je contrôle ma carte. En effet, une grande partie du trajet parcouru présentait une surface du sol à 300 ou 400ft. Sur ce secteur autour du VOR BNE, le sol culmine à 6 ou 700ft. Evidement, alors que je vole à 1100ft, la différence est très visible.

La météo ne semble pas s’améliorer. Décidément, il va falloir se décider. Je me vois déjà faire demi-tour pour dérouter sur Saint-Omer ou Arras, histoire d’aller quand même chercher un tampon supplémentaire sur mon carnet.

Je check le chrono. Il y a 42 minutes que je suis en l’air. J’ai dépassé maintenant le VOR BNE depuis près de 4 minutes. Boulogne doit être sur ma gauche. J’ai à peine le temps d’y penser que j’aperçois une éclaircie devant moi. Surprenant de voir ça.

Plus j’avance, plus la luminosité augmente. Et soudain, sous la couche de nuages, voilà que j’aperçois un horizon bleu. Curieux ce ciel bleu sous cette couche grise. Mais ça se confirme, devant moi, je retrouverai un ciel bleu. La tour de Calais avait raison, le temps est cavoké là bas. Dégelasse tout autour, mais beau là bas.



Et là, sur ma gauche, je vois Boulogne. Curieux aussi ça. Je devais être plus au nord. Tant pis, et tant mieux, je vais pouvoir aller visiter le cap gris nez et le cap blanc nez.



Je survole maintenant l’autoroute qui relie Calais à Boulogne. Je ne peux plus me tromper. Je n’ai plus qu’à suivre la côte.

Le temps continue à s’éclaircir. Au large, on distingue même le ciel bleu. Finalement, cette barre de nuage est très localisée. Je remonte à 1500ft en prévenant une fois encore Lille.

Le cap blanc nez sera mon point d’entrée dans la CTR de Calais. La côte est presque sous moi maintenant. Boulogne dévoile son port, son trafic maritime, je distingue vers Calais deux gros navires blancs qui semblent avancer l’un vers l’autres. Les fameux Ferries sans doute.

Et voilà le moment tant attendu, me voilà sur la côte, le nez vers le large, la mer remplissant tout le pare-brise…



Je vais continuer vers le large trente secondes puis je vais obliquer vers le nord pour suivre la côte vers le cap gris nez. Cette fois, j’y suis, j’ai de l’eau sous la quille. Petit moment d’émotion. Pourquoi ? Je n’en sais rien en fait, c’est juste l’instant, je me retrouve seul, là, loin de mon terrain d’attache.

Déjà, je crois distinguer le cap gris nez. Sa tour caractéristique me permet de l’identifier rapidement.



J’y suis passé, il y a quelques années, dans une autre vie en fait. A cette époque là, je n’étais pas encore papa. Le temps passe vite. Quelques cliché, et toujours la caméra à portée de main, histoire de ramener un maximum de souvenirs.

Passé le cap gris nez, le cap blanc nez se pointe à l’horizon.



Il est temps de se préparer à entrer dans la CTR et de s’intégrer. J’appelle Lille à nouveau pour me signaler en vue du point d’entrée de la CTR .

Je range ma carte et me saisi de ma carte VAC. La fréquence de Calais est pré-affichée. Je quitte avec Lille et passe sur la 120.275.

- « Calais, D-EBLE, bonjour »
- « D-LE, Calais, bonjour, je vous écoute »
- « Calais, D-LE, un BE-77 en provenance de Valenciennes, 1500ft QNH 1040, une personne à bord, je passe le point Wiskey »
- « D-LE, bien reçu, rappelez visuel installation, piste 24 en service »
- « Calais, je rappelle visuel installations, D-LE »

Et voilà, pas plus compliqué que ça. Je peux donc continuer gentiment à me promener le long de la côte. Le cap blanc nez est passé, et je me dirige vers le port de Calais. A nouveau, le spectacle est grandiose.



Coup d’œil à la carte VAC, pour retrouver les deux points intermédiaires PC et N. PC est le port de Calais, j’y suis, et N, un centre aéré un peu plus loin… Un centre aéré… C’est quoi, ça ?
Finalement, la forme de la côte me permettra de retrouver ce point, mais je n’ai toujours pas bien compris ce qu’est ce centre aéré.

Vertical N, je vire vers l’aéroport que je le trouve de suite.



- « Calais, D-LE, je suis visuel installation, passé November »
- « D-LE, vous poursuivez et faite une intégration main gauche pour la 24, rappelez en vent arrière »
- « Calais, je rappelle en vent arrière, D-LE »

Je range ma carte VAC et me prépare à entamer mon intégration. Passé la piste, j’entame ma descente à 1000ft. Je lutte contre la tentation de réduire les gaz. Pas nécessaire sur une machine qui file à 85kt !!!

- « Calais, D-LE, en vent arrière, 1000ft QNH pour un complet piste 24 »
- « Rappelez en finale, D-LE »

Le spectacle est une fois de plus percutant. Arrivé en base, j’ai la mer devant moi. Le port industriel sur ma gauche… Magnifique.

- « Calais, D-LE, en finale pour la 24, un complet »
- « D-LE, un vent du 240, 10kt, rappelez piste dégagée »
- « Je rappelle piste dégagée, D-LE »

Je suis un peu long sur ma finale. Je remets donc un peu de gaz pour rattraper le plan. Cette correction faite, la descente est très stable. Un vent plein avant, que demander de mieux. En courte finale, l’impression de lenteur est surprenante. Le toucher est doux, presque sans bruit. Je laisse le beechcraft continuer sur sa lancée, histoire de ne pas devoir remettre de gaz pour rejoindre la première sortie. Un petit coup d’œil à la carte VAC me pousse finalement à aller chercher la deuxième bretelle. Je roule donc tranquillement sur cette piste tant attendue. Ca fait en effet plusieurs années que j’attendais de voir la mer en vol et de venir me poser ici. Je profite du moment. Et je canarde…




- « Calais, D-LE, piste dégagée »
- « D-LE, roulez jusqu’au parking, emplacement au choix, rappelez pour quitter »
- « Je rappelle pour quitter, D-LE »

Sur le parking, 2 ou 3 appareils sont déjà stationnés. Dont un avec une livrée très colorée. Ce sera une photo pour la suite ça…

Je m’amuse à m’aligner pile poil sur la ligne jaune et stoppe la machine. Check-list arrêt moteur… Et voilà. Je suis à Calais. Et dire que ce matin, j’étais en train de me résoudre à ne pas voler avec ce fichu moteur qui ne voulait pas démarrer. Enfin, ce fichu moteur… Ce gentil moteur… Ne le froissons pas… J’ai encore besoin de lui.

Soudain, je me rends compte que j’ai oublié de rappeler la tour. Je corrige ça vite fait. Par contre, petit signal d’alarme. L’attention tombe peut-être. Je dois me rassasier, boire, respirer…

Il est maintenant 12h50. Je viens de voler 55 minutes. La barre de nuages est déjà loin dans mon esprit. Or, je risque de la retrouver au retour vers Valenciennes.

Avec la première branche cela fait me fait maintenant 1h43 de vol.

Je sors de l’appareil, prends mon carnet et me dirige vers la tour. En chemin, j’entends un cri venant des installations aéroportuaires. Je me retourne, ne vois tout d’abord personne. Puis, un second cri attire mon regard vers un gars qui semble m’appeler. Je le rejoins. C’est un pompier. Il m’informe que la tour est fermée. Visiblement, le service « tour » est géré de l’intérieur des bâtiments de l’aérogare. Bizarre… Mais je le suis. Il me mène à un bureau où une autre personne m’accueille et tamponne mon carnet. Ah, oui, j’oubliais, me fais payer la traditionnelle taxe d’atterrissage.

Le hall de l’aérogare est typique des constructions des années 60. Mais encore une fois, il y a une atmosphère dans ce genre d’endroit.

Pas de bar. Tant pis, je retourne sur le parking, en profites pour faire quelques photos, évidemment.



Puis, je décide de faire une pose. Je sors la bouteille d’eau à peine entamée, la pomme et la barre de chocolat que j’ai eu la prudence d’emporter avec moi. Moment de décompression totale, assis au pied du D-LE.

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 Post Posted: 27/03/2008 22:29:48
 
 
 
spitfire220


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Voilà un récit que j'aurai aimé écrire...

Tiens au fait, ton appareil est immatriculé en allemagne???

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Si tu ne veux pas te faire descendre, ne voles jamais plus de 30 secondes en ligne droite...
«Never in the field of human conflict was so much owned by so many to so few». Winston Churchill. 20/08/1940




 Post Posted: 28/03/2008 11:25:01
 
 
 
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Excellent comme toujours Yucks
La dernière photo est super sympas, on a l'impression que c'est une petite voiture avec des ailes Very Happy
Concernant le mauvais temps, mon instructeur m'a dit un jour que si on rencontre en vol une situations mto dégradé qui n'étais pas prévu sur les cartes tu es obligé de le signaler à l'organisme de contrôle avec qui tu es. Si jamais l'info n'est pas donné et qu'un avion se plante, le pilote de l'appareil ayant omis l'info peut être poursuivit pénalement. Ca fait quand même froids dans le dos

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35th VFS First To Fight




 Post Posted: 28/03/2008 20:29:34
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